mercredi 25 janvier 2012

Cuisine et histoire des familles

Suite à mon article La Généalogie en cuisine, j'ai demandé à Tatiana Yvon, généalogie professionnelle, quels étaient ses souvenirs culinaires et comment elle les transmettait.

J'ai donc le plaisir de vous présenter, pour le premier article invité de La Gazette, Cuisine et histoire des familles, par Tatiana Yvon.



Tout comme Sophie l’évoquait dans son billet, j’ai moi aussi un « héritage culinaire » familial, comme le fameux ;-) pot-au-feu « angevin », que je mitonne encore aujourd’hui pour ma famille. La seule évocation de ces petits plats traditionnels du passé me fait saliver, et rappelle surtout à ma mémoire des personnages, des images, des histoires… et me plonge dans un état de douce nostalgie parfumée et aromatisée.

Le bœuf mironton de Mémère

Une des recettes qui me vient immédiatement à l’esprit est le bœuf mironton de « Mémère », ma grand-mère maternelle. Quoi de plus banal me direz-vous ? Mais dans ce mironton-là, point de… viande de bœuf ; à l’époque où Mémère le cuisinait, le pot-au-feu était un luxe qu’on ne pouvait pas se permettre.
Cet héritage culinaire familial nous vient en effet de la guerre et de ses privations, car après le silence des canons, ma grand-mère – comme tant d’autres de ses contemporains – a dû s’accommoder de la rareté des choses pour nourrir les dix bouches de son foyer. Ainsi dans son soit-disant bœuf mironton, le corned beef remplaça la viande et les « patates » apportèrent la consistance au plat. Puis elle transmit cette « recette » à ma mère, qui me la transmit à son tour.


corned beef Polo, façon Warhol


Je m’étonne toujours de la puissance évocatrice de choses ou d’actes pourtant anodins. Le bœuf mironton de Mémère me rappelle des souvenirs d’enfance et témoigne aussi d’une tranche d’histoire de ma famille, de l’après-guerre et de l’enfance de ma mère – pas vraiment dorée mais pourtant heureuse, et qu’elle me raconte parfois.
Ma petite famille se régale encore aujourd’hui avec ce plat si peu gastronomique mais qui cale bien l’estomac – dans lequel j’avoue toutefois doubler la portion de corned beef pour le rendre plus… gourmand comme disent les grands Chefs médiatiques.
Alors c’est vrai, la cuisine est plus qu’un héritage, un véritable patrimoine familial à préserver et faire passer aux générations suivantes.

Transmettre le patrimoine culinaire familial

La tradition culinaire se transmet dans la famille oralement, de mère en fille. Je m’imaginais sans doute la perpétuer en partageant avec ma propre fille quelques moments en cuisine.
Un fil bien ténu… pour l’instant.
La cuisine familiale et pratique par H.-P. Pellaprat,
Flammarion, 1955 – un ouvrage culinaire
qui fait partie de mon « héritage » ;-)
Je ne suis en effet jamais posé cette question de la préservation des recettes de la famille, pourtant si intimement liées à son histoire. Alors, par où commencer ?

Eh bien… mais par moi-même ! Je ne sais pas encore si je confierai ma mémoire culinaire à l’éléphant vert d’Evernote Food comme Sophie, à un cahier d’écolier, à un beau recueil à la couverture de cuir doré, ou si je la collecterai simplement  dans un classeur ou un dossier « mes favoris culinaires » sur mon ordinateur. Mais je vais répertorier mes recettes préférées, celles dont j’ai hérité,  celles que j’ai « inventées ». Ainsi, même si ma fille ne cuisine pas, peut-être une petite-fille ou un petit-fils servira un jour à ses proches « mes » Saint-Jacques poêlées présentées sur un lit de lentilles aux lardons, sans oublier la fleur de sel et le petit filet de vinaigre balsamique pour les assaisonner !

Ensuite, on évoque souvent dans les recherches généalogiques et historiques sur la famille le fait d’interviewer ses proches. Et dans cette démarche, le graal d’un généalogiste n’est-il pas de convaincre une mère, une tante… de se saisir de la plume pour écrire ses mémoires ?
Il faudra donc penser dorénavant à intégrer dans nos questions ce patrimoine culinaire, reflet de l’histoire de la famille. Et pourquoi pas inviter nos proches à écrire eux aussi leurs recettes préférées , créées ou réinterprétées. Et d’ailleurs, qui sait si la mise en forme si particulière et plutôt simple d’une recette – j’ai révisé cela en primaire avec mes enfants – ne leur donnera pas envie d’écrire… Pour oser raconter sa vie, commencer par coucher quelques recettes sur le papier ?! ;-)

Et vous, quel est votre héritage culinaire ? Comment allez-vous le transmettre à vos enfants ?
À vos commentaires… culinaires !

Tatiana


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2 commentaires :

A la mort de sa grand-mère, ma mère avait récupèré un cahier dans lequel son aïeule avait noté toutes ses recettes. Je revois encore ces pages un peu jaunie et la très belle écriture à la plume. Ma mère utilisait très souvent ce cahier pour nous mitonner de bon petits plats lorsque j'étais enfant.
Un beau jour, ayant grandi, j'ai voulu moi aussi m'y essayer. J'ai donc ouvert ce cahier et .... Il était vide. Humidité, temps qui passe, lumière avait totalement effacé l'encre. Le cahier était comme vierge et toutes les recettes avaient disparu.
Personnellement, j'ai toujours pensé qu'il s'agissait d'un sortilège et que ce cahier avait été ensorcelé. Car, j'en suis depuis persuadé, mon arrière-grand-mère était une sorcière.

@Jordi : Merci pour ce beau souvenir. Toutes nos grands-mères ne l'étaient-elles pas un peu ? Gentille sorcière ? Magicienne ?
Ton témoignage souligne combien il est important de sauvegarder ces traces écrites : scan, photo, copie, ...
Enfant, nous pensons que tout est éternel, des objets aux personnes, puis une fois adulte nous ne voulons pas penser que tout a une fin.
Ne perdons pas ces précieux souvenirs, préservons les.

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